1955 - 1

 

 Le dimanche 9 janvier, Bird est présent à l'Open Door pour la dernière fois. I1 joue une semaine, du 22 au 29 janvier, au Comedy Club (*1) de Baltimore avec Wadde LEGGE, Earl MAY et Will BRADLEY. I1 s'envole ensuite pour Detroit afin d'honorer un engagement. Du 11 au 14 février, il se produit au Bee Hive Club de Chicago, en compagnie d'Ira SULLIVAN et Norman SIMMONS. Un enregistrement existerait (Rub. 231). Puis il revient à Detroit, au Rouge Lounge, du 15 au 20. Enfin, il joue du 21 au 27 février au Blue Note de Philadelphie.

Bird boit de plus en plus. I1 n'utilise plus de drogues dures depuis quelque temps. Les vendredi et samedi 4 et 5 mars, il honore son dernier engagement au Birdland (*2 à *5bis), aux côtés de Bud POWELL, Kenny DORHAM, Charlie MINGUS et Art BLAKEY. Bird et Bud se chamaillent de nouveau et la confrontation tourne au ridicule. Charles Mingus se désolidarise de ses partenaires. Bird quitte le club. Dans une confidence à Mingus, il pressent que sa fin est proche: " C'est vrai, Mingus, je vais partir dans un coin où je n'ennuierai plus jamais personne. Plus jamais... " A Sonny STITT, il confiera d'un ton mystérieux: " Sonny, très bientôt, je te remettrai les clefs du royaume ".

Avant de quitter New York pour le Storyville de Boston, Bird, très malade, se réfugie chez Nica de KOENIGSWARTER, qui habite l'Hôtel Stanhope sur la 5th Avenue. A 20 h 45, le 12 mars 1955, Bird meurt dans un éclat de rire en regardant le show Tommy DORSEY (*6). L'autopsie révèle que la mort est due à une pneumonie causée par une congestion des viscères. I1 n'a pas encore 35 ans. Voir ci-dessous les macabres hypothèses rapportées par Carl Wiodeck dans son livre sur Bird.

Les funérailles de Charles Parker Jr. sont célébrées le 21 mars 1955 à l'Abyssian Baptist Church, sur la 138th Street. Addie, sa mère, parvient à récupérer sa dépouille et Bird repose depuis dans le Lincoln Cemetery de Kansas City. Le 2 avril, un concert est donné en sa mémoire au Carnegie Hall. Depuis ce 12 mars, des graffiti ne cessent de fleurir aux quatre coins de la planète: BIRD LIVES ! AVIS VIVIT !

 

 

(*1) " Nous sommes allés à Baltimore où Charlie était programmé une semaine au Comedy Club, raconte Ahmed Basheer à Bob Reisner. C'est moi qui veillait à ce qu'il soit à l'heure, à ce que ses chaussures soient toujours bien cirées, à ce qu'il ait l'air soigné et bien mis (Reisner précise que Basheer a travaillé pour Bird - les quatre dernier mois de sa vie - sans salaire bien défini, faisant office à la fois de manager, de domestique et d'analyste sauvage). Nous logions chez la dame du vestiaire, une femme très accueillante, qui était toute excitée de recevoir un pareil locataire. Il pouvait parfois se montrer très généreux. Avant de partir, il lui laissa un billet de 5$ dans la tasse à café du petit déjeuner.

" Une nuit, Red Prysock, le saxophoniste ténor, jouait avec Charlie au bowling de la boîte. Quand ce fut au tour de Red, il ne réalisa pas un score très brillant. Parker s'exclama : - Laisse-moi te montrer comment on joue. Je peux te battre à n'importe quel jeu. - A n'importe quel jeu, Charlie ? - Absolument ! - En musique aussi ? - Non, répondit Bird, ça c'est différent. C'est de l'art ! Il indiquait par là que dans ce domaine chacun a sa place et nul n'est meilleur qu'un autre.

" L'engagement de Baltimore fut un énorme succès en dépit du retard, des retenues de salaire et des chamailleries. Bird vida les musiciens engagés par la direction (+) et les remplaça par Wade Legge (p), Earl May (b) et Will Bradley Jr (d).

(+) Benny Harris raconte une anecdote dans La Légende de Charlie Parker, de Bob Reisner, sans la dater, et qu'il n'est pas illogique de situer dans le contexte de cet engagement : "A Baltimore, un jour, la section rythmique était si mauvaise que personne ne voulait jouer avec eux. Ils sont venus voir Bird qui leur a dit : - Ca me ferait plaisir, et il l'a fait. Je lui ai demandé comment il pouvait jouer avec un trio aussi lamentable et il m'a répondu : - Tout ce qu'il faut faire c'est jouer les mauvais accords ; il ne faut surtout pas jouer les bons, sinon ça en fait trois qui jouent les mauvais et un les bons. Ce qu'il faut faire, c'est être ensemble, jouer comme eux. Quand il entendait un musicien se plaindre de son instrument, Bird disait : - Un grand musicien n'a jamais de mauvais outil ". (ndlr : on peut penser que Charlie finit par se lasser de cette rythmique et fit ensuite appel à Legge, May et Bradley)

 

(*2) Marcel Zanini se trouvait au Birdland ce triste jour: il raconte dans Jazz Hot de juin 1976. " J'y ai vu Charlie Parker lors de son dernier concert. (...) Le samedi, je dis à mon copain: Viens, on va écouter Charlie Parker. I1 joue au Birdland. I1 y a longtemps qu'il n'y est pas passé. J'amène mon appareil photo. On a payé 1,25 $ ; on s'est assis et on a attendu l'orchestre. Ils sont arrivé les uns après les autres, en retard, à la bourre. I1 n'y en avait qu'un qui était très décontracté, c'était Kenny Dorham (ndlr: annoncé au ténor !) avec sa trompette sous le bras. J'étais venu en partie pour l'entendre au ténor. C'était un très bon ténor, à ce qu'on racontait.

" Charlie Parker est arrivé. Puis Mingus, qui a accordé sa basse. Et Bud Powell, qui semblait totalement absent. I1 était devant son piano mais ne le touchait pas... Tout cela se passait dans l'indifférence générale. I1 y avait beaucoup de monde du fait que l'on était samedi. Mais personne ne s'intéressait à ce qui se passait sur scène. Parker lança un titre à Bud Powell. Ce dernier joua l'introduction de LITTLE WILLIE LEAPS, puis s'arrêta de jouer. Mingus posa sa basse par terre. Parker le vit partir et, tout en jouant d'une seule main, le rattrapa et lui fit signe de continuer à jouer. Là-dessus, arriva Blakey qui s'installa derrière sa batterie. Finalement, Bud Powell se retourna vers le public, tournant le dos au piano, les coudes sur le clavier, le regard perdu. I1 se passait un drame mais le public était toujours indifférent. Parker, Mingus et Blakey ont joué seuls. Ils ont joué le blues. Avec un volume... comme des dingues. Moi, je prenais des photos.... "

 

(*3) Dans La Légende de Charlie Parker de Bob Reisner, Kenny Dorham apporte son témoignage. " La dernière fois que j'ai joué avec Bird, ce fut lors du fameux engagement au Birdland. Une vraie corvée. Bird est arrivé un peu en retard, et les ennuis ont immédiatement commencé. I1 a eu une altercation avec Oscar Goodstein (ndlr: le directeur du club) et quand celui-ci lui a demandé d'aller jouer, Bird a répliqué, montrant Bud Powell qui était dans un sale état : - Que voulez-vous que je joue quand vous me donnez ça comme accompagnateur ? Alors, Bud et Bird ont commencé à s'engueuler. Bud a demandé: - Tu veux jouer quoi, mec ? Bird a répondu: - Attaquons OUT OF NOWHERE.

" Ensuite Bud - ce géant d'une stature légèrement inférieure à celle de Bird - a demandé à Bird, qui était capable de jouer dans n'importe quelle tonalité: - Dans quelle tonalité tu le veux, mec ? Bird a lancé d'un ton hargneux: - S, pédé ! (ndlr: en chiffrage américain, les tonalités vont de A = la à G = sol; le S n'existe pas). On n'a pas joué grand-chose ce soir-là. Mingus enrageait. I1 est venu dire au micro: - Messieurs Dames, je ne suis pas responsable de ce qui se passe sur scène. Ce n'est pas du Jazz. Bird n'a cessé de répéter à Bud d'accompagner tranquillement (en douceur). Art Blakey arborait une expression bizarre. I1 se comportait comme si tout était normal, il essayait de donner le change en restant un parfait showman. Art et moi avons été les seuls à vraiment jouer ".

 

(*4) Dans Bird Lives, Ross Russell, qui n'était pas présent, fait une longue synthèse des divers témoignages qu'il a pu recueillir. " Le samedi, alors que cet engagement était très important pour lui, Charlie arriva avec trente minutes de retard. I1 y avait foule pour le "retour" de Charlie Parker. Le premier set était déjà entamé. Mingus, Blakey et Dorham essayaient tant bien que mal de masquer les erreurs de Bud Powell, complètement ivre. Les notes se bousculaient, se chevauchaient, fusaient et s'embrouillaient dans une pénible cacophonie. Dans la grande salle souterraine, avec ses portraits plus grands que nature des personnalités du Jazz, et ses cages pleines d'oiseaux (ndlr: la présence d'oiseaux en 1955 est douteuse ; derrière les barreaux à l'ouverture du club, en 1949, ils crevèrent vite, estourbis par les vapeurs nocturnes), la foule s'était amassée pour entendre les grands du Jazz. Mais il n'y avait ni passion ni gaieté dans leur musique. I1 semblait tout au contraire que des forces maléfiques se libéraient. Oscar Goodstein fit un commentaire désobligeant sur le retard de Charlie: - Monte sur l'estrade et joue, vite ! - Avec ça ? ironisa Parker en désignant Bud Powell écroulé sur le tabouret du piano. - Je sais, Bud est malade. I1 faut qu'il retourne à l'hôpital, mais c'est toi le chef. Monte vite sur l'estrade et remets tout ça d'aplomb !

" Charlie ignora Goodstein et se dirigea vers les loges au fond du club où il resta assis, décidé à attendre le deuxième set. Quand l'heure arriva, Pee Wee Marquette apparut sur le podium et annonça de sa voix de fausset : - Et maintenant, Mesdames et Messieurs, la direction du Birdland est fière de vous présenter le All Stars de Charlie Parker ! Le nain (Pee Wee Marquette) marqua une pause et attendit l'entrée des musiciens. Bud Powell se présenta seul et la foule applaudit. Bud salua presque avec exagération, sourit et, peut-être par dérision, tenta de faire quelques pas de danse, mais faillit tomber sur les tables en bordure de l'estrade, tant il était ivre. I1 traversa la scène en titubant, s'affala au piano et commença à jouer LITTLE WILLIE LEAPS, la tête pendant au-dessus du clavier, les doigts semblant glisser sans contrôle sur les touches.

" Le thème était à peine reconnaissable pour les clients du Birdland qui constituaient pourtant un public d'amateurs éclairés. Mingus et Dorham entrèrent à leur tour et tentèrent en vain de venir en aide au pianiste. Bud avait perdu tout sens de la mesure. Mingus jeta des regards désespérés vers le fond du club, et Hal Harewood, le batteur du groupe de Kai Winding qui alternait avec celui de Parker, vint s'asseoir à la batterie, permettant au trio de continuer cahin-caha pendant un moment. Finalement, Charlie apparut, discutant amicalement avec Art Blakey, inconscient de ce qui venait de se passer, anesthésié par une série de whiskies secs, mais mis en confiance et prêt à jouer. I1 s'avança vers le micro pour annoncer: - Mesdames et Messieurs, la direction du Birdland a fait l'énorme dépense de vous offrir notre All Stars ! (ndlr: il était coutumier de ce type d'introduction ironique). Puis, il continua en présentant ses musiciens, et annonça le titre du premier morceau, HALLUCINATION. I1 donna le départ et la formation attaqua, mais Bud Powell repartit sur LITTLE WILLIE LEAPS. Charlie arrêta tout, répéta les instructions et les musiciens attaquèrent de nouveau avec, hélas, le même résultat.

"- Ben alors, Vieux, dit Charlie à Bud, tu y vas ? Powell pivota sur le tabouret, fit face à Bird et demanda avec un large sourire: - En quel ton, espèce d'enculé ? - En S (shit = merde, voir ndlr ci-dessus) bémol, enculé toi-même! Et ils commencèrent à s'insulter. Bud Powell assena un violent coup de coude sur le clavier et sortit de scène. Après son départ, Charlie revint au micro : - Mesdames et Messieurs, j'ai le regret de vous annoncer que notre collègue le plus distingué nous a abandonnés. Mais au lieu d'enchaîner en jouant, il resta planté devant le micro et se mit à crier d'une voie paniquée : - Bud Powell ! Bud Powell...! BUD POWELL ! Kenny Dorham, debout dans un coin du podium, la trompette sous le bras, essayait de se persuader qu'il n'était pas là, tandis qu'Art Blakey jouait quelques figures rythmiques pour meubler. Quant à Mingus, il s'était complètement arrêté. Charlie continua d'appeler Bud d'une voix lugubre qui résonnait dans tout le club, et Mingus s'avança au micro pour déclarer : - Mesdames et Messieurs, je vous demanderai de ne pas m'identifier à ce qui se passe sur cette scène. Ce n'est pas du Jazz, et ces gens sont des malades ! "

" Après quoi, il posa sa basse par terre et quitta l'estrade. Charlie referma le piano et y posa son sax. Le grand "retour" au Birdland était un échec total. I1 resta seul sur le podium et regarda le club se vider. Au fond, Bud était assis seul à une table. Avec des gestes lents et lourds, Charlie quitta l'estrade et emboîta le pas aux derniers clients qui remontaient l'escalier menant à la rue ".

 

(*5) " Chacun colporte une version différente des événements de ce week-end cafouilleux, déclare Charlie Mingus dans La Légende de Charlie Parker de Bob Reisner. Je vais vous donner celle de quelqu'un qui se trouvait sur scène (ndlr : comme Kenny Dorham).

" Vendredi s'est passé à la perfection. Tout le monde était normal. Bird était formidable, comme à son habitude, et avait même de nouvelles idées. Le second soir, Bud Powell était très indiscipliné et Bird en retard. Le set a commencé avec Art Blakey et moi. Kenny Dorham non plus n'était pas encore arrivé. Charlie est alors monté sur scène pour nous demander d'assurer. Il a ensuite exposé un thème et a commencé à donner le tempo. Bud a joué un tempo différent. Bird a recommencé une seconde fois. - Allez, Baby, a-t-il dit à Bud. Il est allé au piano lui montrer le tempo.

" Après l'entracte, Bud a recommencé le même manège. Bird est sorti écoeuré et a commencé à se saouler. C'est à ce moment-là que j'ai décidé de lui parler : - Bird, tu es plus que notre leader, tu es le leader de la race noire. Ne donne pas le mauvais exemple. Art Blakey est venu à mon secours : - Bird, un grand homme comme toi ! Tu devrais te balader en Cadillac. Je lui ai dit que s'il se jetait par la fenêtre, vingt gosses l'imiteraient. Kenny Dorham a répliqué : - Je ne sauterais pas par la fenêtre. Nous lui avons dit qu'il pouvait se tirer. Pour la première fois, Bird écoutait. Je me souviens que les larmes coulaient sur son visage. - Tu sais, ai-je repris, tu as perdu le référendum cette année. - C'est faux, a-t-il répondu ! J'ai le papier à la maison pour le prouver. - C'était celui de Down Beat, moi je te parle de Metronome. Tu arrives à la deuxième place, Paul Desmond est premier.

" Le reste de la soirée ne s'est pas mieux passé que les deux premiers sets. La montre de Bird devait être détraquée, parce qu'il a pris l'ordre des thèmes à l'envers et nous avons beaucoup joué sans lui. Oscar Goodstein et Charlie ont eu des mots. Oscar lui a ordonné de partir. Bird lui a rappelé à qui il s'adressait et a fichu le camp, pour revenir plus tard et gagner le bar, puis poser sa joue humide près de la mienne et me déclarer : - Mingus, je vais aller quelque part, très bientôt, là où je ne vais plus enquiquiner qui que ce soit ".

 

(*5 bis) Dans son ouvrage Listen to The Stories, Nat Hentoff relate également les derniers jours de Bird : "Quand il fut tombé au plus bas, il rechercha du secours au hasard (ndlr: voir le témoignage de Dizzy Gillespie en Rub. 231). Peu avant sa mort, je descendais l'escalier du Birdland vers deux heures du matin et je croisais Bird qui montait. Je l'avais interviewé quelques fois au fil des dernières années, mais nous ne nous étions jamais fréquentés. Des larmes coulaient sur son visage et il me dit : - J'ai besoin de vous parler, c'est très important. Très important. - Okay, répondis-je, allons dans la coffee shop au coin de la rue. - Non, ajouta-t-il, je vous téléphonerai demain. Il ne le fit pas et je n'ai pas songé qu'il le ferait.

 

231 CHARLIE PARKER QUINTET Bee Hive, Chicago, janvier 1955

Ira Sullivan (tp), Charlie Parker (as), Norman Simmons (p), Victor Sproles (b), Vernell Fournier (d) 

a Titres inconnus

Note: un enregistrement sur bande magnétique existe, selon la discographie de Koster/Bakker.

 

Au Bee-Hive, rapporte Ross Russell dans Bird Lives, Charlie passa la plus grande partie de la première soirée dans sa loge. Le samedi, un représentant du Syndicat vint le prévenir qu'il serait mis à l'amende s'il ne jouait pas. A minuit, un jeune amateur de Jazz, Joe Segal, le trouva effondré dans sa loge, à peine conscient, et tenta de le ranimer. Mais Bird le repoussa en lui disant : - Laissez-moi un instant, je vous prie. Le lendemain, à la surprise générale, il arriva avec une heure d'avance pour la jam session du dimanche après-midi, et ses fans le trouvèrent assis au bar, un verre à la main, le regard vif, souriant et de belle humeur. Cet après-midi-là, il ressembla davantage au Charlie Parker de jadis. I1 apprit les dernières nouvelles concernant Red Rodney de la bouche d'Ira Sullivan. Libéré sur parole de la prison de Leavenworth, Red était venu directement à Chicago et avait travaillé avec Sullivan au Bee Hive. Au bout de quelques semaines, il s'était remis à la drogue, avait de nouveau été arrêté et renvoyé là d'où il venait pour finir d'y purger ses cinq ans ".

 

" La dernière fois que je l'ai vu, c'était au Bee Hive, à Chicago, rapporte l'écrivain Frank Sanderford à Bob Reisner. Le propriétaire m'avait demandé de dire à Charlie de revenir jouer. Il était dans une petite pièce où était stockée la bière. Bird m'a serré dans ses bras comme si j'étais le seul être au monde. Il ne pouvait pas monter sur scène, m'a-t-il expliqué, il se sentait trop mal. Il avait l'air en piteux état. La salle était bondée. Je lui ai demandé de jeter un coup d'il pour voir le nombre de personnes qui étaient venues l'écouter et j'ai entrouvert la porte. Il a regardé, l'air furieux : - Ils sont seulement venus pour contempler le plus fameux junkie du monde, grogna-t-il. Je me sentirai toujours coupable, parce que j'ai réussi à le faire monter sur scène. Il a émis quelques sons chevrotants et horribles. Il n'arrivait pas à jouer. Il était dégoûté, il avait peur et se sentait un peu frustré. C'était un homme vaincu et il le savait"...

 

"Vous savez ce que Bird m'a dit quatre jours avant sa mort ?" relate Buddy Tate dans The Ghost of Harlem, de Hank O'Neal. "Le matin, j'avais enregistré avec un grand orchestre dans un studio à l'angle de la 40th Street et de la Sixième Avenue. Je ne me souviens plus de son nom, mais il y avait un studio à cet endroit. Tout ce que j'avais à faire, c'était jouer de la clarinette. Après la séance, je remontais la 42nd Street en direction de la gare de Grand Central quand j'ai aperçu un type qui marchait bizarrement. Je me souviens, il y avait encore un peu de brouillard, mais j'avais l'impression que je connaissais cet homme, et plus je m'approchais, plus j'en étais persuadé. Je suis allé vers lui et j'ai reconnu Bird. On était bons amis depuis des années. Il venait tout le temps diner à la maison et, comme je l'ai déjà dit, quand je suis entré chez Basie, j'ai essayé de le faire engager (ndlr : en 1939). Son visage était tout bouffi et ses yeux étaient gonflés. On aurait dit qu'il venait de disputer un round avec Joe Louis.

"En me voyant, il a dit : - Buddy Tate, mon Dieu, je suis content de te voir. Je sors juste de l'hôpital. Ils venaient de le laisser sortir de Bellevue (ndlr : soit le 10 septembre, ou six mois avant sa mort, ou le 15 octobre, mais pas quatre jours avant celle-ci. A moins qu'il s'agisse dans ce cas d'une visite de routine). Je lui ai demandé où il allait et il m'a répondu : - Je vais au bureau et je vais me fâcher. Je vais vraiment me fâcher. J'ai une facture de 2.500$. Je dois payer la section de cordes. Où est-ce que je vais trouver cet argent ? (ndlr : voir les péripéties rapportées dans la Rub. 227 du 27 août 1954). Je lui ai répliqué : - C'est facile, tu n'as qu'à te remettre au travail. Il m'a dit : - Offre-moi un verre. Il était mal en point, et je l'ai emmené dans un petit bar. Il a pris un verre qui l'a calmé. Bird n'était pas un véritable alcoolique (ndlr : ce n'était pas l'avis du corps médical). Je lui ai dit : - Je vais prendre un verre avec toi et on va discuter.

"On s'est mis à parler du bon vieux temps et du Savoy. Il avait lu que j'avais joué là-bas. Il m'a dit : - Tu sais, c'est le premier club où j'ai joué avec McShann (ndlr: en 1942, voir Rub. 8). Je lui ai offert de prendre un autre verre, mais il m'a répondu : - Non, je ne bois pas, tu sais que ça ne me réussit pas. Et il a ajouté : - Où étais-tu ? Je lui ai expliqué : - J'avais une séance d'enregistrement. - Avec un grand orchestre ? - Oui, avec un grand orchestre, mais je jouais juste de la clarinette. Il m'a regardé avec tristesse et a soupiré : - Pour te dire la vérité, je donnerais tout ce que j'ai au monde pour enregistrer avec un grand orchestre. Tu sais que le seul moyen d'enregistrer, pour moi, c'est d'organiser moi-même une séance. J'aimerais tant qu'on me le demande. Je lui ai déclaré : - Tu sais pourquoi personne ne fait appel à toi ? Quand il m'a répondu par la négative, j'ai ajouté : - Tout le monde se dit que tu réclameras plus que tout l'orchestre réuni. Il m'a regardé : - Tu crois ? Je serais prêt à le faire pour le salaire minimum, juste pour pouvoir jouer dans un grand orchestre. Je lui ai rétorqué : - Tu es sûr ? Je vais le dire à tout le monde !

"Quatre jours plus tard, il était mort. Mais c'est vrai. Il m'a répété : - Oui, fais passer le mot. C'est ce que je veux. J'ai commencé avec des grands orchestres. Je voudrais jouer avec d'autres saxophonistes et entendre cette harmonie, mais on ne me propose jamais d'enregistrer, sauf pour mes propres disques. C'est ce qu'il m'a dit... Mais quatre jours plus tard, il mourrait chez la baronne (ndlr : Nica de Koenigswarter).

 

Dans To Be or not to Bop, l'autobiographie de Dizzy Gillespie, Mary Lou Williams évoque la triste fin. " Je me souviens que j'étais revenue d'Europe (ndlr : où elle a séjourné de 1952 à 54) peu avant, et mon frère m'avait accueillie en me disant qu'il avait vu Charlie Parker entrer au Harlem Hospital. Il était déjà très malade. Mon frère a toujours aidé les musiciens. Personne ne le sait, mais c'est vrai : - Mary, tu devrais faire quelque chose pour Bird. Il n'a pas un sou. Il n'a vraiment pas de quoi manger et il crève de faim... Alors je lui ai répondu : - Dis-lui de me téléphoner. Et c'est là que j'avais fait la tournée des agents, parce que Bird m'avait appelé et m'avait demandé de lui trouver un boulot dans un orchestre quelconque. Mais personne ne voulait lui donner du travail, tant il était dans un piteux état, malade et tout. Le jour où il est allé chez la Baronne (Nica de Koenigswarter), il partait justement pour une affaire à Boston. Il avait promis de venir me voir d'abord pour que je lui donne l'argent. Mais il s'est arrêté chez la Baronne en premier, et il est mort ".

 

Dans son autobiographie, Dizzy Gillespie relate sa dernière rencontre avec Bird, qui dut être pour lui un réel déchirement à posteriori. " Juste avant sa mort, en 1955, Yard est venu me trouver un jour. Je ne l'oublierai jamais. Je jouais au Birdland, et Benny Goodman au Basin Street East, une cave de la 52nd Street. Entre mes sets j'allais y faire un tour parce que Charlie Shavers était avec Goodman à l'époque. (....) Et ce même soir, Yard qui se trouvait dans la salle est venu me parler. Il m'a dit ces mots : - Sauve-moi ! Ce fut la seule fois, juste avant sa mort. Il avait l'air très mal, gros, soufflé. Il a continué : - Diz, pourquoi ne me sauves-tu pas ? Et j'ai vu l'expression de son visage, une expression douloureuse, et je ne savais que dire. J'ai fini par lui demander : - Yard, qu'est-ce que je peux faire ? Il m'a dit : - Je ne sais pas, mais sauve-moi, sauve-moi.

" J'étais impuissant, incapable de trouver une solution (+). J'avais déjà une petite formation constituée, alors que lui faisait des cachetons à droite et à gauche et je savais que ça ne marchait pas fort. J'aurais peut-être dû.... C'était peut-être le moment de remettre ça ensemble, mais j'avais déjà mon groupe qui tournait bien ; et au fond, je ne pensais pas que ça marcherait avec lui parce qu'il avait toujours le même problème. Il est mort peu après, sans que nous ayons rejoué ensemble.

" Je ne pense pas l'avoir laissé tomber, comme on pourrait le croire. Quand un type se drogue, personne ne peut l'aider. Il faut qu'il ait en lui une détermination suffisante pour s'en sortir, car malgré tous les efforts des autres, s'il ne s'est pas vraiment mis dans le crâne qu'il devait s'arrêter, c'est perdu d'avance. Un drogué ne va pas raisonner : - Bon, voilà un type qui essaie de m'aider, je devrais m'arrêter, il a raison. Non. Il faut qu'il en prenne lui-même la décision. Lui, et lui seul. Beaucoup de musiciens ont décroché et n'ont jamais repiqué au truc. Je savais qu'on doit s'en tirer seul. Quand il m'a dit : - Sauve-moi ! j'ai tout de suite pensé que si on reprenait ensemble on se trouverait engagés avec un contrat pour cinq, mais aux concerts ou dans les clubs on serait plus souvent quatre ; comme la fois où je l'avais emmené en Californie (ndlr : en décembre 1945) et où j'avais dû prendre six musiciens au lieu de cinq, sachant très bien que de temps à autre il nous ferait faux bond. C'était donc logique d'engager quelqu'un qui jouait moins bien, certes, mais qui serait là régulièrement, sans problème, plutôt que d'avoir un super génie absent de façon imprévisible et qui vous obligerait à prévoir des tas de changements. Voilà pourquoi je ne voulais pas remonter quelque chose avec lui ".

(+) Dans le même ouvrage, Max Roach, indépendamment de l'analyse socio-politique de la fin de Bird, dédouane Dizzy à sa façon : " Nous n'avions aucun moyen de sauver Bird, sinon en le mettant à l'abri, en le plaçant dans un environnement protecteur où il aurait pu se ressaisir avant d'être totalement écoeuré par la situation et d'en arriver à une attitude négative du genre : - Et puis merde, je me fous pas mal de tout ça ".

 

Dans une interview parue dans Jazz Hot de mai 1970, Leonard Feathers rapporte : " Je le revis parmi le public du Basin Street (ndlr : comme Dizzy - voir son témoignage). Il vint à notre table, s'agenouilla près de moi et resta pendant au moins dix minutes dans cette position de prostration, refusant de s'asseoir, ne cherchant rien d'autre que l'attention de quelqu'un qu'il considérait comme un ami. C'est alors que j'ai compris que Charlie Parker voulait mourir ".

 

 

 (*6) L'OISEAU S'ENVOLE

 

"Le dimanche après-midi avant sa mort (ndlr: soit le 6 mars), Bird devait jouer à l'Open Door, rapporte Nat Hentoff dans son livre Listen to The Stories. Il s'y était déjà produit de nombreuses fois à l'occasion de ces sessions dominicales. Mais ce dimanche, il ne joua pas du tout. Il fit une apparition et ne cessa d'ignorer son instrument. A un moment, l'un de ses amis, un autre musicien, le trouva dans les toilettes Messieurs. Bird se regardait dans le miroir des lavabos. Lentement, avec précaution mais assurance, il conversait avec l'image du miroir. Il faisait parfois surface, engageant le nouveau venu dans un étrange dialogue à trois. Finalement, Bird observa le miroir avec fermeté et traita durement l'image de pire ennemi qu'il détenait. L'autre musicien observa ironiquement : - Tu n'auras jamais un ami plus proche de toi que celui-ci. Bird rigola et revint dans le club. Mais il ne joua pas".

 

Bob Reisner écrit dans La légende de Charlie Parker: " La baronne Pannonica de Koenigswarter a été l'amie et le soutien de quelques-uns des plus grands créateurs du Jazz (ndlr: Thelonious Monk, Art Blakey, Bud Powell, Horace Silver). Parker est resté son ami des années durant. (...) Sa mort a soulevé des polémiques et déchaîné les rumeurs colportées par les médias. Le New York Times titra respectueusement: Charles Parker, maître du jazz, est mort. I1 donnait un compte rendu sobre, citant le fait, mais ajoutant que, selon la police, Parker était âgé de 53 ans. Le New York Daily Mirror ouvrit son article par cette phrase: Le roi du Bop meurt dans l'appartement d'une héritière. Le American Journal de New York titra: La mort nue de Parker, roi du Bop. Les autres quotidiens du pays donnèrent des comptes rendus similaires; tous parus le mardi 15 mars, alors que Parker était mort le samedi 12 mars.

" Les journaux à scandales trouvèrent là un juteux prétexte à leur délire habituel. Exposé titra : Bird dans le boudoir de la baronne ; et la suite était du même tonneau : Aveuglé et égaré par cette Circé du Grand Monde, cette femme affriolante et aguichante aux yeux noirs et aux cheveux de jais, l'Oiseau n'était plus qu'un petit moineau.. Exposé et deux autres magazines du même type essayèrent de jeter le trouble. Ils soulevèrent des questions du genre : Pourquoi le cadavre était-il étiqueté John Parker (ndlr: le demi-frère de Bird) ? Pourquoi la nouvelle n'a-t-elle éclaté que trois jours après la mort de Parker ? Ce n'était là que rumeurs. Le Dr Robert Freyman fit un exposé des faits au médecin légiste et attribua la mort à une crise cardiaque et à une cirrhose du foie; le corps fut déposé à la morgue de l'Hôpital Bellevue, le dimanche vers 2 heures du matin. Le médecin chef, Milton Harpern, déclara que, d'après les résultats de l'autopsie, la mort était due à une pneumonie ".

 

Bob Reisner publie aussi le témoignage concis et précis de Nica de Koenigswarter. " Je ne connaissais Bird que depuis quelques années, mais notre amitié était très belle, rien de romantique. I1 débarquait à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. I1 était très décontracté et ce n'était pas toujours facile de savoir qu'il était dans le coin... On parlait de toutes sortes de sujets. Bird s'intéressait vraiment à tout....

" I1 s'était arrêté ce soir-là avant de se rendre à Boston, où il avait un engagement au Storyville. Son saxo et ses bagages étaient restés dans sa voiture. Premier fait inhabituel: lorsque je lui ai offert un verre, il l'a refusé. Je l'ai bien regardé et j'ai constaté qu'il avait l'air plutôt mal en point. Quelques minutes après, il a commencé à vomir du sang. J'ai appelé mon médecin qui est arrivé aussitôt. I1 a affirmé qu'il n'était pas question de le laisser voyager et Bird, qui se sentait un peu mieux, a commencé à discuter en expliquant qu'il avait un contrat à respecter. Nous lui avons dit qu'il devrait se faire hospitaliser. C'était bien la dernière de ses intentions. I1 détestait les hôpitaux et en avait assez vu. J'ai demandé au médecin l'autorisation de garder Bird. Nous nous sommes mis d'accord, et ma fille et moi nous nous sommes relayées pour le veiller et lui servir de l'eau glacée qu'il avalait par litres (ndlr: pour atténuer ses douleurs d'estomac). Sa soif était incroyable: il n'arrivait pas à l'étancher. Parfois, il vomissait un peu de sang, puis retombait et devait boire encore de l'eau. Cela a duré ainsi un jour ou deux. La première fois que le médecin était venu, il avait surtout posé à Bird les questions de routine: - Buvez-vous ? Charlie avait répondu en m'adressant un coup d'il: - Parfois, je prends un Sherry avant le dîner.

" Le médecin est venu trois fois par jour, parfois davantage à notre appel. I1 se rendait bien compte de la gravité du cas. Lors de sa première visite, juste avant de s'en aller, il m'avait annoncé : - Je dois vous prévenir que cet homme peut mourir à tout instant. I1 souffre d'une cirrhose avancée et d'ulcères à l'estomac. I1 ne doit pas partir, sauf en ambulance. Le médecin aimait Bird et celui-ci, quand il n'était pas sous le coup d'une crise, était dans l'excellentes dispositions. I1 m'a fait jurer de ne dire à personne où il se trouvait. Le troisième jour, il allait un peu mieux. Le Dr Freymann a déclaré qu'il pourrait peut-être s'en aller dans peu de temps. De prime abord, Charles Parker ne représentait qu'un nom pour lui: il n'avait pas entendu parler du génie de Bird, pas plus que de ses faiblesses. Charlie a désiré que le médecin, qui avait été musicien, écoute quelques-uns de ses disques, et ce dernier a commencé à s'intéresser à la personnalité de son patient et a exprimé le désir de connaître ses oeuvres. Bird et moi-même avons passé beaucoup de temps à préparer un programme d'écoute. Nous lui avons d'abord fait entendre l'album avec les cordes, JUST FRIENDS et APRIL IN PARIS. Le docteur fut très impressionné. Bird en fut très touché. Cela se passait le samedi soir, vers 7 h 30. Bird semblait tellement mieux que le médecin a accepté qu'il se lève pour regarder le show Tommy Dorsey à la télé.

" Nous l'avons installé dans un fauteuil confortable avec des oreillers, et enveloppé dans des couvertures. I1 a beaucoup aimé ce programme. Bird était un fan de Dorsey. - C'est un merveilleux tromboniste, disait-il. Ensuite, le show présentait des jongleurs qui lançaient des briques serrées et collées les unes contre les autres. Brusquement, ils ont laissé tomber les briques et nous avons ri. Bird riait très fort et il a commencé à s'étouffer. I1 s'est levé du fauteuil et a toussé en suffoquant, une ou deux fois, puis il s'est rassis. Je me suis précipité pour téléphoner au médecin. - Ne t'inquiète pas, maman, dit ma fille, maintenant il va bien. Je suis venue le voir et j'ai pris son pouls. I1 était effondré dans le fauteuil, la tête penchée en avant. I1 était inconscient. Je pouvais encore sentir son pouls. Puis celui-ci a cessé de battre. Je n'ai pas voulu le croire. Je pouvais sentir mon propre pouls. J'ai tenté de me convaincre qu'il s'agissait du sien. Mais j'étais certaine que Bird était mort. Au moment où il a quitté ce monde, il y eut un formidable coup de tonnerre. Sur le moment, je n'y ai pas prêté attention, mais depuis j'y ai souvent repensé, c'était vraiment étrange (ndlr: le même phénomène s'est parait-il produit à la mort de Beethoven).

" (...) Je n'ai rien dit à la presse car je me souciais avant tout de Chan. Je ne voulais pas qu'elle apprenne la nouvelle par la radio ou les journaux. Je tenais à la contacter avant. J'avais essayé de savoir où elle se trouvait quand Bird était encore de ce monde, mais il m'avait dit qu'elle venait juste de déménager et qu'il ignorait son adresse. Certains ont prétendu que j'avais expédié le corps à Bellevue où personne ne l'avait identifié avant deux jours. En fait le nom de Bird, Charlie Yardbird Parker, figurait sur le certificat de décès qui avait été établi dans mon appartement à l'Hôtel Stanhope. Ce que nous ne parvenions pas à découvrir, c'était l'adresse de Chan. En outre, quelqu'un a écrit que je me trouvais à l'Open Door et que j'avais parlé à Art Blakey et à d'autres amis de Bird sans leur annoncer sa mort. En vérité, je voulais trouver Chan avant qu'elle apprenne la mort par les médias et je m'étais rendue à l'Open Door pour rencontrer quelqu'un qui connaîtrait sa nouvelle adresse. Finalement, j'ai pensé à Teddy Wilson. Son avocat détenait l'adresse de la mère de Chan. On parvint enfin à la joindre le lundi soir et à lui annoncer la nouvelle (*6+).

" Je suis écoeurée par ces histoires de corps expédié à la morgue et demeuré inconnu un long moment. Tout cela est ridicule. Le médecin était là au moment du décès. I1 était arrivé depuis une demi-heure; et à partir du moment où il était là, il a pris tout en charge. Je n'ai plus rien eu à dire. Tous les faits marquants ont été signalés par mon médecin et moi-même au médecin légiste, et je l'ai vu en prendre note. I1 avait inscrit le nom de Bird, Charles Parker, sans aucune faute ; aussi l'histoire du faux nom (ndlr: voir ci-dessus) est-elle impossible. Le docteur a estimé que Bird devait avoir 53 ans, car telle était son impression, j'ignore pourquoi. L'autopsie a établi que Bird était mort de pneumonie, alors qu'en fait il n'avait pas de pneumonie. Le médecin a dit qu'il avait succombé à une crise cardiaque, mais il souffrait de très graves ulcères et d'une cirrhose du foie ".

Voici le témoignage du Dr Freymann: " J'ai refusé de signer le certificat de décès. La drogue l'avait complètement détruit (voir ci-dessous). I1 ne lui restait plus une seule veine où se piquer. On aurait dit qu'il avait 60 ans. Quand il est mort, l'hôtel a voulu qu'on emporte rapidement le corps. Je l'ai vu pendant trois ou quatre jours. Le deuxième jour, il souffrait beaucoup; je lui ai donné de la pénicilline et son état a paru s'améliorer. Pas de fièvre. Nous l'avons supplié de se faire hospitaliser, mais il n'a rien voulu savoir ".

 

Ndlr : nous publions ci-dessous la traduction de trois alinéas de l'ouvrage de Carl Wiodeck sur Charlie Parker (page 50), concernant la mort de Bird. Comme l'auteur, notre seul soucis est de ne pas écarter certaines hypothèses :

" Une autre version, qui a circulé pendant plusieurs années, veut que Parker soit mort suite à des blessures internes survenues au cours d'une bagarre avec un camarade musicien. L'une des hypothèses de cette version suggère que le rapport classique de la mort à l'hôtel Stanhope a été concocté pour couvrir le musicien qui a frappé Bird.

" Une version qui a fait surface plus récemment laisse entendre que Parker n'est pas arrivé malade au Stanhope, mais plutôt qu'il a été abattu sur place (peut-être par un camarade musicien). L'autopsie de Bird ne fait pas état toutefois d'une blessure par balle, mais cette version sous-entendrait que l'acte médical ait soit oublié par mégarde de mentionner la blessure, soit accepté de l'ignorer (peut-être à la suite d'un pot-de-vin, offert alors théoriquement par de Koenigswarter ?).

" Certes, chacune des versions peut contenir des éléments de la vérité. Parker aurait pu subir des blessures internes dans une bagarre puis succomber au Stanhope. Il aurait également pu souffrir de son ulcère au Stanhope quand il y aurait été abattu. Toutefois, l'allégation selon laquelle Bird ne se reposait pas au Stanhope est facilement réfutable ", comme en témoignent des éléments de l'interview de Addie Parker rapportée en *6+b. Carl Wiodeck ajoute que "tous les acteurs sont morts et qu'il ne sera jamais possible d'obtenir de quelconques confirmations. Cela nous laisse avec la musique, which is as it should be ".

 

Au sujet de ce problème de drogue, Art Blakey confiera à Bob Reisner un point de vue qui, sur certains points, n'engage que lui : "Bird est mort en essayant de décrocher. Il s'y est mal pris, en remplaçant l'héroïne par le whisky. C'est le whisky qui l'a eu. L'héroïne le préservait, elle ne le détruisait pas. S'il est mort, c'est parce qu'il a suivi les conseils qu'on lui a donnés. Quand un homme se shoote pendant quatorze ans (ndlr : presque vingt !), on ne peut plus l'arrêter. Son système a besoin de drogue. L'héroïne, c'est son salut, pas sa perte. Je sais qu'il est mort en essayant de se conformer au désir de la société, et ça c'est impossible. Il faut que les gens se rendent compte que les drogués ne sont ni des fous ni des criminels, mais des malades. Cet homme était malade depuis quatorze ans, et personne ne l'aidait parce que personne ne s'en rendait compte. Ils ignoraient qu'il était atteint. Ils ne savent pas ce que c'est que l'héroïne ".

 

Tout au long de sa vie, Bird n'a cessé de décourager ceux qui voulaient l'imiter dans son vice, tout en ayant l'aplomb de prétendre - voir une interview filmée de Max Roach aux côtés de Dizzy effectuée en 1989 - qu'il s'adonnait à la drogue pour montrer l'exemple à ne pas suivre, ainsi que les conséquences qui en découlaient. Cette pirouette n'avait évidemment aucun effet sur son entourage, comme en témoigne cette boutade racontée par Joe Maini dans Jazz Magazine de novembre 1979. Quand quelqu'un d'un peu square (le contraire de hip) lui demandait s'il avait vraiment bien connu Bird, il répondait : "que le sang de Bird coulait dans ses veines, que lorsque Bird se défonçait chez lui, il attendait qu'il ait perdu connaissance pour lui prendre un peu de sang et se l'injecter. Et c'est pour ça qu'il jouait tellement comme lui".

Dans La Légende de C.P. de Bob Reisner, Teddy Blume cite Charlie : "Un musicien qui prétend mieux jouer parce qu'il prend de l'herbe, de l'héroïne ou de l'alcool est un fieffé menteur. Quand je bois trop, je ne retrouve plus les bons doigtés, je n'arrive même pas à jouer correctement. A l'époque où je me droguais, je pensais peut-être jouer mieux, mais aujourd'hui, quand j'écoute mes disques, je sais que c'était faux. Tous ces jeunes types qui croient que pour être bon saxophoniste, il faut se défoncer sont cinglés. Croyez-moi, je parle par expérience, parce qu'à un moment de ma vie j'était vraiment atteint, j'étais victime des circonstances. Ce sont les meilleures années de sa vie qu'on perd comme ça, celles où on pourrait être le plus créatif ". Et Teddy Blume ajoute : "Je crois que Bird était plus mal quand il buvait que quand il se droguait. S'il se camait de nouveau après m'avoir promis de décrocher (ce qui lui était physiquement impossible), il me disait : - Je n'ai pas besoin de t'expliquer. Tu sais comment ça se passe ".

 

(*6+) Chan relate cette période de sa vie dans ses mémoires, Ma vie en mi bémol. " Mon oncle Lloyd se rendit à Bellevue (l'hôpital), identifia le corps de Bird et le fit transporter au Campbell's Funeral Home, où avait été exposé le corps de Pree, un an auparavant. La veille, j'étais rentrée du boulot totalement déprimée. Maman, en visite, se demandait, à me voir, si j'avais eu vent de la mort de Bird. Elle ne voulait rien me dire avant d'avoir une certitude. Elle redoutait aussi que je me rende séance tenant à New York et que, sous l'effet du chagrin, je n'aie un accident.

" Elle m'éveilla le lendemain avec la mauvaise nouvelle. Il pleuvait. On mit les enfants dans la voiture et on roula jusque chez elle, à New York. Ces funérailles-là, je devais les affronter seule. J'étais en état de choc et ne savais vers qui me tourner. J'avais trente dollars. J'appelai Norman Granz. En guise de réponse, il me fit téléphoner par une tierce personne qui demanda Chan Richardson (mon nom de scène). Une gifle en pleine figure qui me remettait crûment à ma place. Il offrait 300$ pour l'enterrement. Je passai à l'agence prendre une lettre que Bird n'avait jamais reçue. Je leur fis part de ses idées en ce qui concernait la cérémonie funèbre. Il me fut répondu qu'un personnage public comme lui ne saurait être mis en terre sans la solennité et le rituel nécessaires.

" Puis Doris (*6+a) se pointa, armée d'un certificat de mariage mexicain douteux, réclama le corps de Bird, et le fit emmener dans un autre salon funéraire à Harlem, où des panneaux annonçaient les obsèques. Elle le fit revêtir d'un costume à rayures et plaça à sa tête un grand crucifix. Elle indiqua que si j'étais bien sage et ne faisais pas de problème pour laisser enterrer Bird à Kansas City, elle accepterait, après la mort de sa mère Addie (*6+b), de déménager ses restes auprès de Pree.

" Bird m'avait donné ses instructions dans l'éventualité de sa mort, alors qu'il était à Bellevue (pour se soigner), mais également un jour où nous nous rendions à l'aéroport par mauvais temps : - Pas de concert charité, et ne les laisse pas m'enterrer à Kansas City. Quand je le vis à l'établissement mortuaire, l'oedème qui à la fin de sa vie avait enflé son corps et ses traits avait disparu, et il paraissait rajeuni (.....). Je n'avais rien à voir avec le carnaval qu'étaient ses obsèques, mais il était clair que je n'en serais pas quitte comme ça. On m'avisa qu'une voiture viendrait me prendre pour m'emmener à l'église d'Adam Clayton Powell où le " spectacle " devait se tenir. Il pleuvait. Mon frère, ainsi que Tony et Fran Scott, m'accompagnaient. Je patientai dans la voiture un temps interminable tandis que l'on convenait des places respectives. Ce n'était pas du gâteau avec deux veuves. On m'attribua le rôle de la veuve officielle, cependant que Doris, qui détenait pourtant le titre légitime, dut sa satisfaire de la seconde place.

" (....) Tout Harlem se pointa : les souteneurs, les dealers, les putes dans leurs plus beaux atours, ainsi que les fans et le business qui avait misé sur lui de son vivant et qui comptait toucher les dividendes maintenant qu'il était mort. Adam Clayton Powell faisant le sénateur à Washington, le service fut conduit par le révérend Licorice. Le cercueil était entouré d'un monumental dispositif de fleurs. Mon modeste bouquet de marguerites avait un air innocent et était perdu dans ce déploiement exotique. Un organiste interprétait THE LOST CHORD - Bird n'avait jamais loupé un accord de sa vie - et le révérend Licorice pontifiait sur l'excellent feu Charlie Bird. C'était surréaliste. Ca n'en finissait pas. Ensuite, il fallut attendre encore, tandis que Mingus marmonnait à mon oreille un discours de folie selon lequel ce n'était pas Bird qui gisait dans le cercueil (ndlr : voir plus bas). Puis, le cercueil passa devant moi, trimballé par un maladroit et transparent Teddy Reig, un Leonard Feathers absent, et d'autres figures anonymes que je ne reconnus pas (ndlr : il s'agit pourtant, selon Ross Russell, de Charlie Shavers, Dizzy Gillespie, Lennie Tristano et Louis Bellson). Comme ils descendaient les marches, quelqu'un s'emmêla les pieds et le cercueil manqua de tomber (ndlr : ce fut Lennie Tristano - aveugle - qui, mût par une intuition, rétablit l'équilibre) (*6+*). Il fut enfin juché sur un corbillard pour être acheminé à Kansas City, et je restai plantée sur les marches, grelottant sous la pluie, faisant mes adieux tandis que les photographes et caméramen me mitraillaient et enregistraient mon chagrin. Je voyais l'homme que j'avais aimé tant d'années entraîné loin de moi pour un long voyage, vers un endroit qu'il détestait et une autre longue cérémonie.

" - Pas de concert charité, ne les laisse pas me renvoyer à Kansas City ! C'était pourtant bien là qu'il allait, et des forces étaient à l'uvre, assemblant la plus étrange et la plus disparate confrérie dans le but de mettre sur pied un super-cirque au bénéfice des deux fils de Bird (Léon et Baird). Au comité d'organisation de cet humiliant et impossible programme figuraient Mary Lou Williams, Nat Hentoff, Lennie Tristano, Mingus et Marley Bartholomew Dufty. Cela se passa à Carnegie Hall (*6+**). Ils oublièrent de m'inviter. C'est Fran Scott qui leur rafraîchit la mémoire et on m'installa dans sa loge (.....). Le show s'ouvrit sur le NOW'S THE TIME de Bird, se déversant des haut-parleurs dans la salle obscure, et se conclut avec Sammy Davis Junior qui nous fit son numéro. C'est tout ce qu'il m'en souvient

" Je me demandais à part moi à quoi pouvaient bien songer ces égarés qui rassemblaient des dollars pour assurer les études d'un enfant de deux ans, alors que je n'avais pas le premier sou pour le lendemain. Une seule femme de bon sens, présente cette nuit-là, et qui ne me connaissait même pas, eut l'esprit de soupçonner que Bird m'avait laissée sans ressources : l'épouse de Gerry Mulligan fit le siège des habitués des coulisses et me remit sa collecte entre les mains, 30$. J'avais survécu à des funérailles au sujet desquelles on ne m'avait pas consultée, à un charité-show que je n'avais pas voulu, et maintenant, j'était libre de retourner à New Hope avec mon chagrin, libre de célébrer mon deuil en privé ".

 

 (*6+*) Miles Davis, absent de la cérémonie, donne sa version de l'incident dans son autobiographie : " Les funérailles de Bird, ils en ont fait une vaste fumisterie. C'est peut-être pour ça que lorsqu'ils ont sorti le cercueil et qu'un des porteurs a glissé, le corps a failli tomber. Ca, c'était Bird qui protestait contre toutes ces conneries ".

 

(*6+**) Le soir du 2 avril, écrit Bob Reisner dans La légende de Charlie Parker, le Carnegie Hall était entouré par une foule de centaines d'admirateurs qui n'avaient pu entrer, les places ayant été toutes vendues vingt-quatre heures à l'avance. Le bénéfice net a été de 5.739,96$ (voir témoignage de Mary Lou Williams ci-dessous, *6+d). L'argent a été placé de façon à ce que les deux fils de Parker puissent en avoir la jouissance. Bird était mort sans le sou, si ce n'est une police d'assurance de 1.000$. Le concert prévu de minuit à 3 heures du matin, s'est terminé à 3h 40 à la demande de la direction, laissant des douzaines de musiciens déçus de n'avoir pu jouer en hommage à Bird. Jazzbo Collins, Leonard Feathers, Barry Ulanov étaient au nombre des organisateurs. Le public s'est levé pendant qu'on passait le disque NOW'S THE TIME de Charlie Parker. Les 2.760 personnes présentes ont pu entendre Diz, Blakey, Monk, Billie Holiday, Stan Getz, Pettiford, Mulligan, Prez, Hazel Scott, Tony Scott, Horace Silver, et de nombreux autres du Who's Who du Jazz.

 

(*6+a) Doris Parker évoque cette triste épreuve dans une lettre adressée à Bob Reisner et publiée dans La Légende de C.P. " Quand Charlie est mort, il a succombé à une pneumonie. On ne m'a pas parlé de cirrhose quand je suis allée voir les résultats de l'autopsie. Ils m'ont même communiqué le rapport.

" Qui vous a dit que Charlie ne voulait pas être enterré à Kansas City, demande Doris à Reisner ? C'est quelque chose qu'a dit Chan, et j'en ai vraiment assez de lire ça. L'objectif est évident. Charles aimait beaucoup sa mère. Durant sa vie, il lui a causé beaucoup de peine. Je suis certaine que Charlie aurait été la dernière personne au monde, sachant combien sa mère désirait cela, à dire non. Il est possible qu'il ait dit à certains moments qu'il n'aimait pas Kansas City. Il a dit beaucoup de choses qui n'étaient pas vraies sur des gens impliqués dans sa propre vie. Mais Charlie aimait vraiment sa mère, et c'était son souhait à elle qu'il soit enterré à Kansas City. La messe à Kansas City a été magnifique. Ils ont joué REPETITION et c'était vraiment une très belle messe. Il y avait des jeunes et des vieux. Des gens qui ont connu Charlie toute sa vie et d'autres qui ont passé leur enfance avec lui. Tous les articles où il est écrit que Charlie ne voulait pas aller à Kansas City me mettent en colère.

" Demandez à Dizzy (*6+c) ce qui s'est passé quand je suis venue à New York. J'étais prête à promettre à Chan tout ce qu'elle voulait, à condition que les funérailles se passent sans scandale. Mais ça n'était pas l'idée de Chan. Vous ne le savez peut-être pas, mais c'est moi qui ai tout arrangé pour que Chan soit là. Elle était assise devant, pas moi ; j'ai donc eu le sentiment qu'elle prenait tout le malheur sur sa personne. Tout cela était inutile. Je ne suis pas quelqu'un de vindicatif, parce que j'ai eu toutes les bonnes années - les années où Charlie avait le moins de problèmes avec la drogue. Charlie m'a fait beaucoup pleurer, mais nous avons également vécu de merveilleux moments. Avec le temps, j'oublie les mauvais souvenirs et je ne garde que les bons. Je ne proclame pas que j'ai été maltraitée ; même au moment où nous avons rompu ; j'étais très malade et Charlie ne m'a jamais envoyé un centime. Je devais dépendre de ma famille. Mais je ne chante pas le blues ; je ne suis pas une martyre. J'aimais Charlie pour ce qu'il était - bon ou mauvais, musicien ou pas. Il n'était pas Bird pour moi. Son génie était seulement accidentel. A mes yeux, le nom ne signifiait rien ; je ne connaissais rien au Jazz quand j'ai rencontré Charlie, aussi ce n'était pas sa musique que j'aimais, seulement lui. (....). J'espère que dans votre livre vous n'allez pas faire de qui que ce soit un martyr. Pas même de Chan, parce que tous ceux qui connaissaient Charlie devaient faire leurs preuves ".

 

(*6+b) Addie Parker apporte également son modeste témoignage de mère dans l'ouvrage de Bob Reisner. " Chan m'a téléphoné et m'a dit : - Savez-vous que Charles est mort ? J'ai répondu : - Oui, je sais. Parce que Doris m'avait téléphoné auparavant et m'avait dit : - Parky, assieds-toi, parce que ça va te faire un grand choc. Es-tu seule ? Et j'avais répondu : - Oh non ! Charles n'est pas mort !

" Il l'avaient mis à la morgue. Doris s'y est rendue et a demandé : - Avez-vous quelqu'un nommé John Parker ? (voir le témoignage de Nica). Le gars lui a répondu : - Tout ce que je veux, c'est de l'argent pour ce que j'ai fait au corps. Il lui a conseillé de mettre le corps dans une toile d'emballage. Comment osaient-ils mettre mon enfant dans une toile d'emballage ? Doris m'a téléphoné : - Nous l'avons trouvé ; je me suis occupé de tout. Dizzy et sa femme étaient avec elle. Elle a été hébergée chez Tommy Potter. Elle m'a téléphoné tous les soirs. Je croyais qu'il était mort d'une overdose. Je leur avais parlé (à Charlie et à Nica) trois jours avant sa mort. Elle m'avait dit : - Comment allez-vous ? J'espère que nous ferons bientôt connaissance. Elle m'a expliqué qu'ils voulaient lui faire un électro-encéphalogramme. - Charles, ai-je dit, n'accepte pas. Viens à la maison voir ta mère. Je travaille dans le meilleur hôpital de Kansas City, et ils te le feront si c'est nécessaire ".

" (...) J'ai reçu une assignation quand Chan a voulu tout le mobilier de Charles. Il s'agissait de savoir s'ils étaient mariés. La voiture de Charles, son saxophone et tous ses vêtements, sa bague, celle qu'il avait lorsqu'il a épousé Doris. Chan a dit qu'il n'avait jamais été marié à qui que ce soit à part Geraldine. Je n'ai jamais entendu parler d'elle. Ils ont failli l'enterrer à Potter's Field. Mais j'ai fait exhumer et transporter son corps ici. Norman (ndlr : Granz) s'en était occupé, et je n'ai pas eu à débourser un centime ; il était formidable (voir témoignage de Dizzy Gillespie). Je peux comprendre pourquoi il n'a pas récupéré son saxo. Je voulais son saxo, cela m'aurait fait tellement plaisir ! (voir Les Reliques) Norman se trouvait en Californie et ne pouvait régler les affaires comme s'il avait été à New York. Je suis sûr qu'il aurait réussi à me le procurer. Tous mes amis à l'hôpital (ndlr : de Kansas City), Blancs et Noirs, m'ont dit qu'ils n'avaient jamais vu quelqu'un enterré avec autant de soin. J'apprécie beaucoup ce que Norman a fait pour moi ".

 

(*6+c) " Sa mort m'a beaucoup bouleversé, écrit Dizzy Gillespie dans son autobiographie To Be or not to Bop. Ca a été vraiment un choc. (....) Nica m'a appelé juste après sa mort, je pense. Elle m'a dit : - Yardbird vient de mourir chez moi. Et tout ce que j'ai pu répondre fut : - Ca y est.... Je n'arrivais pas à y croire vraiment, mais c'était ça, c'était fini. Ca m'a complètement brisé. Je n'ai pas pu me ressaisir et je suis descendu pleurer tout seul dans mon sous-sol. Je ne pensais quand même pas qu'il allait mourir comme ça. Un grand choc, un terrible choc pour moi car nous étions très proches, tous les deux. Et même si on ne travaillait plus ensemble, j'avais toujours cette amitié très forte pour Charlie. Oui, sa mort m'a porté un coup très dur. Quand je suis remonté, j'avais les yeux tout rougis.

" A cette époque, Charlie était en étroite relation avec trois jeunes femmes ; il vivait avec Chan, avait une épouse, Gerri (ndlr : Diz parle sans doute de Geraldine Scott), qui était en prison à Washington (ndlr : sans doute également pour consommation de drogue), et il y avait aussi Doris. Tout le monde se demandait ce qu'il fallait faire des compositions de Charlie. Alors nous avons formé un comité, Hazel Scott, Maely Dufty, Charlie Mingus, Mary Lou Williams (*6+d), moi et un avocat pour les questions juridiques, afin d'essayer de sauver tout ce qu'il était possible du naufrage. Il y a eu également des discussions pour savoir ce que l'on allait faire du corps qui reposait dans la salle d'une entreprise funéraire et autour duquel son propre entourage se battait, certains voulant l'enterrer à New York, d'autres le ramener à Kansas City, sa ville natale.

"Mais personne n'avait l'argent nécessaire, et au cours d'une réunion du comité chez notre avocat, on me demanda mon avis. J'ai répondu : - Attendez, je vais téléphoner à Norman Granz. J'ai appelé Norman et je lui ai tout raconté, qu'il n'y avait pas d'argent pour les funérailles de Charlie, que sa mère voulait l'enterrer à Kansas City, et Chan à New York dans Long Island à côté de la tombe de sa fille. Norman m'a répondu : - Ecoute, essaie de savoir vraiment ce qu'il en est. Si sa mère veut qu'on lui ramène le corps, mets le cercueil dans l'avion et envoie-moi la facture. Et c'est ce que le comité a fait. Nous avons récupéré le corps de Charlie et c'est Norman Granz qui a payé le transfert à Kansas City pour que sa mère l'y enterre. J'ai trouvé d'ailleurs fort normal que sa mère récupère son fils une fois mort, dans son Kansas City natal, puisque ses femmes avaient profité de Charlie vivant ".

 

(*6+d) Dans To Be or not to Bop, Mary Lou Williams apporte les précisions que Dizzy a la pudeur de ne pas dévoiler. " Les gens ne savent pas le rôle que Dizzy a joué après la mort de Charlie Parker. Sans son intervention, le corps de Charlie aurait sans doute fini sur une table de dissection. Personne n'avait été prévenu et on l'emmenait déjà au Bellevue Hospital. Dès que Diz l'a su, il a pris aussitôt les choses en main. Et il s'est démené, vous pouvez me croire, même au détriment de ses activités en cours. Lorraine (ndlr : la femme de Diz) a jugé qu'il ne pouvait pas s'occuper de ça tout seul et m'a chargée de prendre le relais. A mon tour, j'ai joint Adam Powell et Hazel Scott (ndlr : sa femme).

" Le pauvre Dizzy avait déjà fait un concert à Philadelphie, dans un night-club, je crois bien (au Blue Note, selon Bob Reisner). Bref, il avait réuni 1000$ et il est venu me les apporter en me disant : - Tiens, garde cet argent pour le moment. Et il a même rajouté 100$ de sa poche. (Mille dollars supplémentaires furent envoyés par une revue suédoise qui avait organisé un concert à Stockholm, selon Bob Reisner). Il s'est vraiment donné beaucoup de mal. Et sans lui, il n'y aurait pas eu le concert avec nous tous où l'on a récolté 16.000$. J'ai lu dans un récit de la vie de Charlie que c'était 5.000$. Mais c'est faux. On a réuni 16.000$. Ils étaient déposés au Syndicat, mais tout le monde commençait à piquer un peu dedans. On m'a téléphoné pour que je vienne chercher cet argent mais j'ai refusé et... l'argent a disparu, envolé. Je ne sais pas qui l'a mis dans sa poche, mais je vous en reparlerai.

" En tous cas, sans Diz, on ne parlerait plus de Charlie Parker maintenant (ndlr : il resterait quand même sa musique). Parce que personne ne l'aimait dans ce temps-là. Quand j'ai fait la tournée des agents pour ramasser de l'argent - un gros paquet, de l'ordre de 2.000 ou 3.000$ -, ils n'étaient pas contents du tout. Ils le traitaient de tout, et les imprésarios me disaient : - Mary, si on te donne cet argent, c'est parce qu'on te croit, et qu'on t'aime bien. Tu es une chic fille. Mais Charlie Parker, on s'en fout pas mal. Quand il est mort, il était arrivé à un état de délabrement total, au plus bas. Mais c'est vrai que personne ne l'aimait. Il s'était fait des tas d'ennemis, voyez-vous. Mais Dizzy, lui, l'a aidé. (...) Dizzy a tout fait. Il nous a dit : - On ne va quand même pas le laisser là-bas, à l'hôpital. C'est très triste tout ça, mais il faut l'écrire pour que les gens le sachent bien. Sans Dizzy Gillespie, tout le monde aurait oublié Charlie Parker, vous m'entendez ? Oui, il s'est vraiment démené pour que Charlie soit enterré....

" Quand je pense que l'argent de la collecte a disparu ! Tenez, j'ai retrouvé un reçu il n'y a pas longtemps pour la somme que j'avais remise. Je l'ai montré à Lorraine. Oui, cet argent a été volé. Moi, je pourrais vous citer quelques noms très connus, à propos de cette affaire.... des gens qui sont allés au Syndicat (des musiciens) qui ont pris le fric et qui l'ont dépensé ! Après avoir réglé toutes les dépenses, il nous restait 12.000$. C'est cette somme qui a disparu. Ils m'avaient appelée, les types du Syndicat, pour me dire de venir chercher cet " argent maudit ". Je leur ai demandé : - Pourquoi maudit ? Moi, en tout cas, je ne viens pas. Ils ont insisté en disant : - Il faut bien que quelqu'un vienne le retirer. Tout simplement parce qu'ils n'avaient eu que des ennuis depuis que la somme avait été déposée. Alors deux membres du comité y sont allés.... et personne n'a plus revu l'argent depuis. Dizzy ne pouvait pas s'occuper de tout ça, vous comprenez, et il nous en avait chargé, Mingus, Maely Dufty, Hazel Scott et moi.

" Bien sûr, Dizzy ne vous dira rien, lui. Mais moi, je tiens à le faire. Je trouve que c'est mieux de vous raconter ce qui s'est passé ".

 

 

(*7) EPILOGUE

 

Quand Bird est mort, Duke Ellington a dit de lui : " Charlie Parker a été l'un des grands innovateurs de notre époque en musique. On ne compte plus les disques et les concerts où l'on entend une phrase qui vous fait immédiatement penser à Bird "

 

Pour se convaincre qu'il n'existe pas de mot de la fin au sujet de Bird, relisons Charlie Mingus (qui, il est vrai, croyait en la réincarnation) : " Le Bird n'est pas mort. Il se terre quelque part et, un jour, il reviendra avec une de ces nouveautés qui foutra la trouille à tout le monde ".... Dans La Légende de Charlie Parker, Robert Reisner rappelle que Mingus déclarait également : "la plupart de solistes du Birdland devaient attendre la parution du prochain disque de Parker pour savoir quoi jouer de nouveau. Que vont-ils faire maintenant ?"

 

Miles Davis, qui a boudé la cérémonie new-yorkaise, évoque celle de Kansas City, dont il était également absent, dans son autobiographie. On retiendra simplement la phrase de conclusion. " On a dit que l'enterrement de Bird avait été sensationnel, qu'on l'avait mis dans un cercueil de bronze, que son corps était sous une vitre qui, m'a-t-on dit, dégageait de la lumière. Un type m'a même raconté qu'on aurait dit qu'une sorte de halo entourait sa tête. Beaucoup s'y sont laissé prendre et ont juré que Bird était un dieu. Et le plus beau, c'est que ce n'était rien à côté de ce qu'il était vraiment ".

 

Dizzy Gillespie, dans son autobiographie : "Si l'on veut tirer une conclusion, on peut dire que Yardbird a été un martyr de notre musique, et moi un réformateur ". A Nat Hentoff, qui lui demandait ce qu'il avait trouvé de si révolutionnaire dans la musique de Bird, la première fois qu'il le rencontra, Dizzy répondit: "Son phrasé et son approche du blues. Il jouait le blues mieux que quiconque. Je veux dire qu'il jouait le blues comme T-Bone Walker l'aurait chanté. Mais Bird y aurait ajouté des trucs bien à lui. C'était le plus fantastique musicien que j'aie jamais entendu".

 

Dans Listen to The Stories, Nat Hentoff écrit que le lendemain de la mort de Charlie Parker, Art Blakey déclara à un journaliste: "Je me demande combien de gamins noirs savaient qui Bird étaient ?" Et de gamins blancs...., ajoute Hentoff. L'auteur relate également qu'un jeune danois, lors de sa première visite à New York, l'interrogea tout étonné: "Vous voulez dire qu'il n'y a pas de statue de Charlie Parker à Times square ?" (ndlr: l'omission a été comblée depuis, mais il a fallu attendre près de quarante ans)

 

Et Charlie, qui savait exprimer tant d'humour au cours de ses soli, aurait sans doute apprécié cette histoire contée par Joe Albany, que les musiciens ne peuvent oublier.

" C'est Charlie Parker qui, après sa mort, frappe à la porte du Paradis.

On lui demande : - Qui est là ?

- Yardbird ! Saint Pierre regarde dans son registre et ne trouve pas ce nom. - Yardbird ?

- Charlie Parker !

- Oh ! Je vois : drogue, sexe, vie dissolue, etc.. Bird, je crois qu'il va te falloir patienter un peu !

- Allez, un bon geste, laissez-moi entrer....

- Y a-t-il ici quelqu'un que tu connaisses ?

- Oui, je connais Joe !

- Tu veux dire Saint Joseph, l'époux de Marie ?

- Lui-même !

- Bien, attends là une minute, je vais lui en toucher un mot.

Saint Pierre monte chercher Saint Joseph et lui dit : - Dis donc Joe, il y a à la porte un type qui prétend te connaître. Il dit s'appeler Yardbird.

Joe répond : - Bird ! Pas de problème, laisse-le entrer....

Pierre objecte: - Mais dis-moi, il a plein de choses à se reprocher. Je ne peux pas le laisser entrer comme ça !

Joe insiste : - Je te dis qu'il n'y a pas de problème ; fais-le entrer, veux-tu ?

Saint Pierre remue un peu nerveusement ses clefs et répond : - Vraiment, Joe, je serais enchanté de pouvoir de faire plaisir, mais c'est impossible !

Joe bondit, se retourne et crie à l'adresse de sa femme : - Marie ! Va chercher le petit, on se barre d'ici !

 

Charlie Parker a laissé un souvenir très vivace à Kansas City, a pu constater Robert Reisner. " Trois ans après sa mort, comme je me trouvais sur la 12th Street, j'ai discuté avec des gars par hasard ; ils m'avaient pris pour un type branché et avaient voulu me vendre des 'cigarettes de gangster'. Je les ai félicités d'avoir trouvé cette expression élégante pour désigner l'herbe. Puis je leur ai demandé : - Est-ce que vous connaissiez Charlie Parker ? - Oh ! Charlie Parker, ont-ils répondu. La manière dont ils ont prononcé ce nom était superbe. Une foule de choses passait dans leur intonation. - Ouais ! Birdie, m'ont-ils dit, on allait l'écouter chaque fois qu'il passait en ville, au Tutty's Mayfait, ou au El Capitano, ou encore à l'Orchid Room. Un soir, Bird avait été engagé dans une petite auberge de Kansas City avec un orchestre de sept musiciens. Il n'y avait qu'un entracte. Son saxo était au clou. Pour ne pas arriver dans la boîte sans son instrument, il s'arrangea pour que l'autre saxophoniste entre le premier et aille aux toilettes en face de l'établissement. Ce dernier lui passa alors son saxo par la fenêtre. Par chance, les lumières de la salle étaient tamisées et ils étaient placés derrière d'autres musiciens. Ce petit jeu dura tout le concert."

 

En 1972, Carroll Jenkins, de la Mutual Musicians Foundation, à Kansas City, écrivit ce poème :

Hey Bird !
They said you was nuts,
'cause you wouldn't kiss their butts.
Humph ! as if their opinion
Could shrink your universal dominion
They said you didn't have no tone,
but you had a NEW tone - to the bone !
They said you was never on time ;
but you was 30 years AHEAD OF THEIR TIME.
They said you was a devil ;
but they confused ANGELIC-GENIUS with rebel.
They said you was cold ;
but they confused cold with SCIENTIFIC-SOUL
They said you was a junky,
'cause you wouldn't flunky
for me or them.
That's why you called everybody " Jim ",
ain't it ?
Do they know hard you had to fight
to light your own light,
and give Jazz lovers a fresh insight ?
Do they know what you went thru
to come up with somethin new ?
You took skeletons of old tunes
and gave then rebirth.
You put a bird in the sky
for every worm on earth.
They might'a thought you was crazy,
but they knew you wasn't lazy.
You got up off your tail
- boisted your own sail
- blazed your own trail
and helped your brother, too.
You made lame drummers, piano and bass players
git up and walk !
You made deaf and dumb born players
git up and talk !
So what, if you had a brood
to come up with a " Parker's Mood " ?
One thing for sure -
- you didn't have to borrow no sorrow ;
and, despite the sharp-pointed lure,
you knew how to fully live
the day before tomorrow.
Hey Bird !
They said you was dead.
Now how 'bout that jive !
Caint they git it thru their head -
- you was never more alive ?

 

 

Ted Joans, ancien trompettiste qui a rejoint les poètes de la Beat Generation, est l'auteur de ces textes :

 

I LOVE A BIG BIG BIRD

 

Quand Charles Christopher Parker est apparu pour la première fois à la fenêtre du café bohémien alors connu sous le nom de Jabberwork

Toutes les tempêtes de neige s'abattirent d'un coup et de jeunes putes paralytiques décolorèrent leurs cheveux de soie de maïs pour ressembler à des flocons tombants et elles se précipitèrent vers leurs lits pour détruire leurs mauvais disques non jazz

Et tous les stupides ploucs plus caves que le plus cave des chanteurs folk remuèrent leurs culs osseux en forme de banjo pour protester contre l'arrivée de Bird

Ils savaient qu'il n'aimait pas les folk songs de culs-terreux gnangnan

Et que Bird comme moi entend bien rester toujours libre

Pour manger grassouillet le cochon et toute sa famille non casher

Bird transportant sept sacs de charbon et de levure s'est dressé aussitôt comme un prophète gémissant qui savait cuisiner

Il avait un Ph. D. de baise d'une université de Park Avenue

Les gens du Village qui aimaient Bird ne portaient pas de lance, de briques ou de dictionnaires académiques à ses jazz-sessions à l'Open Door de Bob Reisner, ils apportaient plein de bonne herbe et des chattes libres pour les dingues de jazz

Bird portait un costume noir à queue de pie qui donnait aux heebie-jeebies le droit de chanter le blues

Parce que Bird était un maître musicien, ses conversations jazz sur son saxo étaient jugées subversives

Les Italiens de New York aux cheveux huileux venus des entrailles du Village formèrent une bande

" Comme à leur habitude " et projetèrent d'attaquer le Bird

Certains portaient de larges chapeaux avec les insignes papaux sur le ruban et des costumes peu élégants,et leurs nanas étaient inévitablement vêtues de noir

Nullement effrayé, Bird souffla tous les surineurstylefiveties hors de la scène pour toujours

Quelques heures après on pouvait aller voir Bird palper les vieilles dames frustrées de la 80ème Rue Est

Et il était fort connu à Harlem

Il avait uriné à deux reprises sur le Borough President à Manhattan

Il aimait embrasser les policiers peu soupçonneux, les prêtres, les cadres d'affaires et les conducteurs d'autobus du Sud

On pouvait également voir Bird écrire nuitamment de longues lettres à son père roi d'Ornithology

Bird n'est pas avec nous ce soir parce qu'il fait salon de réception au fond de l'océan où des branchés tels Rimbaud, Apollinaire, Whitman, Eluard et Denos lisent

De la poésie et se livrent à des performances érotiques orales avec toutes les défuntes

Putains européennes de l'âge classique

Le Bird a vieilli de douze ans depuis qu'il est arrivé au Village et il était né à Kansas City

Pas à Greensville, Massachusetts, ou Mississippi

Il est le rejeton d'une liaison entre une pucelle négro-anglo-égypto-soudano-teutonne et une cigogne géante

La ville où il est né a été détruite par un million de vieux hiboux intoxiqués et une horde de rhinocéros en fuite tous ivres de sueur homosexuelle provenant du divan d'un psychiatre

Les parents de Bird sont venus du Maine en Floride, à Stockholm, Wisconsin, et finalement à Iwo Jima, et c'est là que Bird est tombé sur son premier saxophone alto dressé nu près du cadavre d'un singe qui était tombé à l'arrière de l'instrument de musique

Nous aimons tous Bird. Il n'est pas un Esquimau noir ni un garçon en pain d'épice mais il est le plus grand musicien qui ait jamais joué du saxo ou du trou accueillant d'une cavité avide. Bird est un dieu d'élégance vraie. Bird était notre prêcheur. Bird est la voie vers la grandeur musicale. Bird est mort il y a quatre ans aujourd'hui mais il vit, il vit et maintenant comment sonnez-vous ?

 

 

 LUI L'OISEAU

 

Il était une fois, de mon temps, il y a maintenant quelques années....

Il y avait un jeune oiseau café au lait, qui jouait du sax, et son nom terrestre était Charlie Parker

Il est monté sur une petite estrade à Greenwich Village et a soufflé à travers l'Open Door de Bob Reisner où les putes bohémiennes venaient s'asseoir avec des hommes d'affaires au gros cul pour parler commerce avec Bird et sa beauté authentique en fond sonore

Il logeait à l'asile de nuit de Barrow et s'est gelé en ma compagnie et celle d'un musulman pendant cet hiver de mon temps, quelques années après 1953, mangeant des haricots en boîte, des sardines, sirotant du vin et buvant du thé

Il a joué pour un jeune Hébreu dans un bouge appartenant à la Mafia et où venaient James Dean avec Weegee et quelques nanas Technicolor

Il jouait pour le plaisir et quelques billets, ces solos qu'il prenait sur son alto d'emprunt donnaient à tous le frisson

Il a joué du saxo dans le Village et a pleuré pour la terre entière

Il est mort pauvre, bien qu'aujourd'hui chacun de ses efforts inscrit dans la cire se vende

Ainsi le Bird est parti et dans l'autre monde il joue avec inspiration

Des hommes tels que moi auront toujours le Bird dans leur musique, leurs peintures et leurs livres.

 

Note : ces traductions françaises sont tirées de La Légende de Charlie Parker, de Bob Reisner. On trouve bien entendu la version anglaise dans l'édition anglaise de l'ouvrage.

 

 

LES RELIQUES

 

Une collection d'effets appartenant à Bird a été mise en vente par Chan Richardson (Parker) chez le marchand d'art Christie's, à Londres, le 8 septembre 1994, indique une brève parue dans Jazz Magazine. " Devant un public ému, le saxophoniste Peter King a fait sonner le légendaire saxophone en plastique blanc dont Charlie joua lors du fameux concert de Massey Hall. Cet instrument de la marque anglaise Grafton, doté d'un bec Brilhart, avait été offert à Charlie par un admirateur anglais. Pour 800.000 francs, il fut adjugé à la ville de Kansas City et destiné au musée consacré à la mémoire de Bird dans cette ville ". D'autres reliques furent vendues aux enchères : des contrats, des manuscrits - dont le premier jet de BLUES FOR ALICE - des récompenses (awards) et un chèque de l'éditeur de musique Charles Colin, d'un montant de 150$, pour cinq compositions du Bird. Chan avait refusé de l'encaisser, le considérant comme insultant.

Extrait de Jazz Magazine de juin 1994 : " Depuis octobre 1992, la tombe de Charlie Parker, au Lincoln Cemetery de Kansas City, était anonyme, des vandales ayant arraché de la pierre tombale la plaque gravée au nom du saxophoniste. Une vingtaine de jazzfans se sont donc cotisés pour faire installer sur la tombe une nouvelle plaque de granit ornée d'un alto et d'une colombe ".

Ndlr : L'ancienne pierre tombale a été remplacée par une dalle d'un poids conséquent, difficile à voler, sous laquelle Bird repose désormais aux côtés de sa mère Addie. Un saxophone a été gravé dans la pierre, au détail près qu'il s'agit d'un sax ténor. Un article paru dans la revue américaine Down Beat, de juillet 1998, faisait état d'un projet concocté par un certain Emanuel Cleaver (le maire de Kansas City) d'exhumer le cercueil de Yard pour installer sa sépulture dans le Jazz and Negro Leagues Baseball museums, nouvellement construit. " Déplacer la tombe garantirait un afflux touristique ", déclara ce monsieur - qui porte bien mal son nom -, sur une radio locale. Il réclamait à la ville 25.000$ pour financer l'opération et couvrir les frais de transfert.

Down Beat d'avril 1999 relata la polémique soulevée, l'opposition de la famille, et l'abandon du projet du maire. "Cela me fait un peu mal au cur, précisa Doris Parker, la seconde femme de Bird. D'accord pour l'érection d'une statue. Je n'y vois aucune objection. Mais pourquoi ont-ils besoin des ossements ? " Question éthique mise à part, la famille fit observer que le socle prévu pour recueillir les dépouilles du fils et de sa mère Addie, ne formait qu'un carré de 1,5 mètre de côté alors que Yard mesurait près de 1,8 mètre. De plus, une législation locale interdisait l'inhumation d'un corps dans un parc public. La municipalité de Kansas City dût donc revoir sa copie, se contenter d'une statue " vide " et de baptiser Charlie " Bird " Parker Plaza l'espace situé au sud-est de la 17th Terrace et de Paceo, où est érigé le American Jazz Museum and the Negro Baseball Hall of Fame, dont il est question plus haut.

 

 

 

SUR LES TRACES DE BIRD

 

232 Selon divers témoignages, Bird :

 

- a joué au Greystone de Detroit (*1).

- a joué dans un spectacle au Loew's Valencia (*2)

- fin 1951/début 1952, le Charlie Parker All Stars (comprenant Toots Thielmans), conjointement à Dinah Washington, a joué au Earle Theater de Philadelphie, un cinéma qui programmait des concerts entre les films (*3)

- a joué lors de la réception donnée à l'occasion d'un mariage juif (source : film Bird de Clint Eastwood).

- a joué au Bandbox, invité vedette de l'orchestre de Duke ELLINGTON (*2).

- a vécu chez Benny HARRIS.

- a visité Indianapolis (en 1948 ?).

- a joué au Chez Paree à Kansas City (1943 ? - même nom de club au Canada).

- a joué avec le grand orchestre de Chubby JACKSON au Royal Roost.

- a joué avec Art TATUM à Chicago, selon Sadik Hakim.

- aurait participé, en 1942, à une tournée de l'orchestre de McShann en Nouvelle Angleterre et peut-être joué à Boston (source Don Redman)

- a été enregistré jouant AU PRIVAVE en public.

- a été interviewé dans le vestiaire des coulisses entre deux sets (source The Be-Bop Revolution de Harry Ransom)

Note : L'existence éventuelle d'enregistrements reste à préciser.

 

(*1) " A Detroit, on jouait pour l'un des plus puissants gangsters, raconte Teddy Blume à Bob Reisner. On devait être payés à l'entracte pour notre sécurité. Quand on a réclamé l'argent, les types nous ont dit qu'ils nous paieraient plus tard. J'ai répliqué : - Pas d'argent, pas de musique, et je suis sorti. On avait un truc avec Bird. Quand il me voyait, il jouait un passage de HOT CANARY (un morceau qu'il m'avait dédié parce que j'étais violoniste). Si je souriais, il continuait à jouer, tout était en ordre. Si je quittais la salle, il posait son saxophone et me suivait. Cette fois-là, il est allé dans l'arrière-salle et a dit : - Eh bien, Messieurs, quel est le problème ? - Rien, Bird, on comptait juste le fric. Charlie a aussitôt repris : - Ces gens se sont déplacés pour m'écouter. Ce monsieur est mon représentant. Ne me forcez pas à quitter la scène pour venir ici prendre mon cachet moi-même. Tout ça se passait au dancing Greystone ".

 

(*2) Dans la Légende de Charlie Parker, Tony Graye témoigne : " Bird jouait dans un spectacle au Loew's Valencia. Je suis allé le voir en coulisses après un de ses solos à vous couper le souffle et je lui ai déclaré : - Je ne sais pas combien tu gagnes, mais j'espère qu'on te paie un dollar la note. Une fois il m'a emmené au Band Box où il était l'invité vedette de l'orchestre de Duke Ellington. En fait d'invité, il l'était bien : ils lui ont laissé un seul morceau en deux heures. Lui s'attendait à jouer beaucoup plus, alors qu'il était payé 150$ pour les deux soirées ".

 

(*3) Dans Jazz Hot de février 2000, Toots Thielmans narre : "Et alors dans la loge, là dans la loge, il y avait Bird. Je ne sais pas s'il était drogué à cette époque, mais on ne s'occupait pas beaucoup de lui, les copains le laissaient tranquille. Moi, je faisais des gammes et il me dit : - Je vois ce que tu essaies de faire. On se réunissait parfois dans sa loge avant d'entrer en scène, pour discuter ou prendre quelque chose, et il y avait un piano. Alors Miles jouait. J'étais pratiquement le seul Blanc dans tout le théâtre. Parfois Zoot Simms venait avec ses grandes bouteilles de vin Thunderbird. C'est le vin que les Noirs aiment boire. Un jour, Miles me dit : - Moi, je suis Miles, toi tu es Toots. Touche ma peau. Attention ! Tu vois, tu touches la peau de ton idole. A ce moment-là, l'expression des Noirs pour désigner un Blanc, c'était Caucasian. Et Miles déclara devant tout le monde : - C'est un vrai Caucasien. Tout le monde rigolait, et moi je tremblais en me demandant ce qu'il voulait dire. Alors, avec mon accent européen, je lui ai répondu : - Non Miles, je ne suis pas russe, je suis belge. Et bien sûr, éclat de rire général ! Mais ils étaient gentils. Alors Bird lui-même dit comme ça : - Miles, laisse mon copain tranquille. Tu vois, conclut Toots Thielmans, cinquante ans après, j'en pleure encore ! "

 

233 CHARLIE PARKER / STAN KENTON l ieu inconnu, probablement 1954 

a Titres inconnus

Note: certaines sources (discographie de Koster/Bakker) estiment qu'une bande magnétique d'un concert donné sur une base militaire existe, sans doute datée de la même époque que celle des concerts enregistrés de Bird en compagnie de l'orchestre de Kenton (voir Rub. 224 et 225)

 

234 CHARLIE PARKER / DIZZY GILLESPIE 

Note: les bandes magnétiques étaient en possession de Dizzy, qui a déclaré "saving them for his old age". Lieu inconnu. Date possible 1945/1947. Dans les mémoires de Dizzy, "To be or not to Bop", Stan LEVEY, qui tenait la batterie dans l'orchestre de Diz, en janvier 1946 au Billy Berg's Supper Club à Hollywood, déclare: " Il y avait une retransmission radio tous les soirs, de chez Billy Berg's, et un inconnu a tout enregistré. Quelqu'un ici possède ce témoignage musical ". S'agit-il des bandes auxquelles Dizzy faisait allusion ?

 

235 CHARLIE PARKER AVEC (non identifiés)

Non identifié (tp), Charlie Parker (as), non identifiés (ts), (p), (b) et (d)

a GODCHILD

b LOVER

c HOW HIGH THE MOON

d EMBRACEABLE YOU

e 52nd STREET THEME

f BARBADOS 1

g BARBADOS 2

Note: Bird joue du ténor dans GODCHILD. Ces morceaux, d'une très mauvaise qualité sonore, ont été découverts sur quatre disques 78 tours pressés par Recordio Disc, une division de Wilcox-Gay Corporation, Charlotte, Michigan. Source, discographie Koster/Bakker.

 

236 CHARLIE PARKER / CLIFFORD BROWN 

La veuve de Clifford Brown serait ou a été en possession de bandes magnétiques réunissant Bird et Brownie. Ces enregistrement auraient été réalisés à Philadelphie autour de 1954. Source, discographie Koster/Bakker.

 

237 CHARLIE PARKER EN CONCERT 

Selon le témoignage de Warren Fitzgerald recueilli dans le livre de Robert Reisner, un concert aurait été enregistré à l'Hôpital maritime de Philadelphie. " Un jour, je l'appelle pour un concert à l'Hôpital maritime de Philadelphie (.....) Le concert a eu lieu, mais il s'est aperçu qu'un type l'avait enregistré, ce qui est formellement interdit ; Bird a confisqué la bande en douceur : il a demandé à cet homme de la lui prêter pour en faire un double, et il ne lui a jamais renvoyé l'original ".

 

238 PARKER / DETAILS INCONNUS 

La discographie de Robert Bregman énumère la liste de possibilités suivante:

a THIS TIME THE DREAM'S ON ME 1950/52

b INDIANA Côte ouest ?

c MOOSE THE MOOCHE Côte ouest 1848

d Titre inconnu Bandbox Club 1953

e Titre inconnu Rudy Valee Show

f Quatre titres inconnus Année(s) 1940

Note: voir Rub. 232 pour d et Rub. 234 pour f.

 

239 CHARLIE PARKER AVEC ? 

Dans le texte de l'album de Thelonious Monk "The Man I Love", Freedom BLP-30141, Brian Priestley écrit au sujet de RUBY MY DEAR: "Un enregistrement en direct de ce thème par Charlie Parker a été récemment découvert. La discographie de Koster/Bakker, qui relève la citation, ne donne pas d'autres détails. S'agit-il du morceau inclus dans la Rub. 123 et qui fut publié ultérieurement à l'édition de la discographie ?

 

 

ADAPTATIONS DE LA MUSIQUE DE BIRD

 

A1 FILM "BIRD"

Charlie Parker (as) ; Jon Faddis (tp - f,j), Red Rodney (tp - i), Charles McPherson (as - f,i,j), Monty Alexander (p - a,b,d,e), Barry Harris (p - c,h,k), Walter Davis (p - f,g,i,j), Ray Brown (b - a,b,d,e), Chuck Berghofer (b - d,h,k), Ron Carter (b - f,g,i,j), John Guerin (d - a à k), cordes (c,h,k), Lennie Niehaus (arr, dir). 

a LESTER LEAPS IN (4'48)

b I CAN'T BELIEVE THAT YOU'RE IN LOVE WITH ME (4'25)

c LAURA (3'40)

d ALL OF ME (3'37)

e THIS TIME THE DREAM'S ON ME (3'44)

f KO KO (4'19)

g COOL BLUES (2'17)

h APRIL IN PARIS (3'17)

i NOW'S THE TIME (3'20)

j ORNITHOLOGY (4'54)

k PARKER'S MOOD (3'08)

Note: bande sonore du film; date de mixage: 1987. Dans tous les morceaux, la section rythmique accompagne "au casque" la ligne mélodique originelle de Bird. S'ajoutent parfois des instruments à vent. La version de LAURA semble inédite. Complet sur CBS 4610021, CBS 461002-2(cd)

 

Dans le dossier de presse présentant son film, Clint Eastwood, le réalisateur, écrit : " Quand j'étais gosse, j'ai joué du piano et du bugle. A quinze ans environ, je jouais au piano des ragtimes et des blues dans une boîte d'Oakland, l'Omar Club. C'est là que j'ai découvert Charlie Parker. J'ai été totalement subjugué. Ses premiers enregistrements étaient stupéfiants. Beaucoup de gens ne comprenaient pas sa musique, et quand ils ont commencé à le faire, ils continuaient à se demander comment il arrivait à ce résultat. Charlie Parker restait un mystère ".

 

Trente-trois ans après la mort de Charlie, au cours de la campagne de publicité entourant la sortie du film de Clint Eastwood, Red Rodney, dont le personnage est campé dans le film, reçut un appel téléphonique d'une correspondante d'un journal du Nebraska. " Elle m'a demandé tout sur ma vie, rapporte Rodney à Bill Crow dans Jazz Anecdotes, où étais-je né, pourquoi je jouais de la trompette, ce que je prenais au petit déjeuner. Après avoir obtenu satisfaction, elle conclut : - Merci Mr. Rodney. Et pendant que nous y sommes, pourriez-vous me donner le numéro de téléphone de Mr. Parker ? ".

 

A2 SUPERSAX - Stone Bird CBS 4631992(cd)

Conte Condoli (tp) Med Flory, Lanny Morgan (as), Ray Reed, Jay Migliori (ts), Jack Nimitz (bs), Lou Levy (p), Monty Budwig (b), Laurence Marable, Jake Hanna (d). 

a SCRAPPLE FROM THE APPLE 4/11/47 D1113-C 1er chorus ; reste compilation

b IF I SHOULD LOOSE YOU 30/11/49

c SALT PEANUTS compilation

d LOVER MAN 29/7/46

e AU PRIVAVE 17/1/51

f KIM 30/12/52 C1120-4

g K.C. BLUES 17/1/51

h CONFIRMATION 8/8/53

i MOOSE THE MOOCHE 26/9/52

Note : dans tous les enregistrements Supersax, les dates et les matrices indiquées correspondent aux soli originels de Bird.

 

Le saxophoniste Med Flory, l'inventeur de la " formule Supersax ", explique : "L'idée, c'est de recréer les solos de Charlie Parker en harmonie, considérant ses improvisations comme de la 'musique sérieuse', comme on traiterait la musique de Mozart. En fait, quand vous voyez les lignes mélodiques de Bird sur le papier et les comparez à celles de Mozart, il y a une similitude frappante entre les deux (.) ". Mais, " il y a toujours des problèmes lorsque l'on harmonise ces solos. Souvent, Bird baguenaudait, au mépris des changements d'accords reconnus, en adoptant un cheminement peu orthodoxe pour aller d'un segment à l'autre " (source, Jazz Magazine de février 1984 et Jazztimes de décembre 1987)

 

A3 SUPERSAX - Chasin' The Bird MPS J33J 20164(cd), 24 au 28 avril 1978

Blue Mitchell (a et i), Conte Condoli (a,e,f,h,j), (tp), Med Flory, Joe Lopes (a à i), Lanny Morgan (j), (as), Warne Marsh (a à i), Jay Migliori, Don Menza (j ), (ts) Jack Nimitz (bs), Frank Rosolino (c,d;e,g,j), (tb), Lou Levy (p), Fred Atwood (b), Jake Hanna (a,d à i), John Dentz (b,c,j), (d). Arrangements de Med Flory, sauf d, g (Warne Marsh) et h (Buddy Clark). 

a SHAW' NUFF 11/5/45

b NIGHT IN TUNISIA 28/3/46

c DRIFTING ON A REED 17/12/47 D1151-E

d THE SONG IS YOU 30/12/52

c OOP BOP SH'BAM 22/1/49

f ROUND ABOUT MIDNIGHT 30/6/50

g NOW'S THE TIME 24/12/49

h DIZZY ATMOSPHERE 14/2/50 ou 30/6/50

i CHASIN' THE BIRD 8/5/47 S3421-4

j PARKER'S MOOD 29/8/48 B903-5

 

A4 SUPERSAX - The Joy of Sax SM PCD-1175(cd)

Orchestre sans doute identique aux précédents (A2 et A3), au moins pour la section de saxophones. 

a STAR EYES 3,4/50

b KO KO 26/11/45 S5853-2

c PARKER'S MOOD 29/8/48 B903-5

d JUST FRIENDS 30/11/49

e ORNITHOLOGY Trois premiers chorus 11/12/48 ; chorus avant le thème final 28/3/46 D1012-4 ; thème d'ouverture 11/12/48 ; thème de clôture 28/3/46

f APRIL IN PARIS 30/11/49

g NIGHT IN TUNISIA 28/3/46

h EMBRACEABLE YOU 28/10/47 D1106-B

i THE BIRD Autour de 48

j LOVER MAN 28/7/46

k BE-BOP 15/1/49

1 OH, LADY BE GOOD Avril 46

m SALT PEANUTS Compilation

n I DIDN'T KNOW WHAT TIME IT WAS 30/11/49

o YARDBIRD SUITE Premier chorus 28/3/46 D1011-1 ; deuxième chorus 28/3/46 D1000-4 ; troisième chorus 1/2/47

p LOVER 22/1/52

 

A5 SUPERSAX & L.A. VOICES CBS 25604, Hollywood, 12/82, 1 et 2/83.

Conte Condoli (tp), Med Flory, Lanny Morgan (as), Ray Reed, Jay Migliori (ts), Jack Nimitz (bs), Lou Levy (p), Monty Budwig (b), John Dentz (d). Voix: Sue Raney, Melissa McKay, John Bahler, Gene Merlino, Med Flory. 

a EMBRACEABLE YOU 28/10/47 D1106-B

b DANCING IN THE DARK 50 ou 51

c THE SONG IS YOU 30/12/52

d IN THE STILL OF THE NIGHT 22/5/53 C1238-7

e DON'T BLAME ME 4/11/47

f STELLA BY STARLIGHT 23/1/52

g STAR EYES 3,4/50

h OLD FOLKS 22/5/53 C1239-9

 

A6 SUPERSAX PLAYS BIRD CDP 796264-2(cd), Los Angeles 1973

Conte Condoli, Ray Triscari -1, Larry McGuire -1, Ralph Osborne -1 (tp), Charley Loper -1, Mike Barone -1, Ernie Tack -1 (tb), Med Flory, Joe Lopes (as), Warne Marsh, Jay Migliori (ts), Jack Nimitz (bs), Ronnell Bright (p), Buddy Clark (b), Jake Hanna (d) 

a KO KO 26/11/45 S5853-2

b JUST FRIENDS -1 30/11/49

c PARKER'S MOOD 29/8/48

d MOOSE THE MOOCHE -1 26/9/52

e STAR EYES Mars-Avril 50

f BE-BOP 15/1/49

g REPETITION -1 Autour de 48

h NIGHT IN TUNISIA

i LADY BE GOOD Avril 46

j HOT HOUSE Premier chorus 11/5/45 ; le reste, compilation

  

A7 SUPERSAX PLAYS BIRD WITH STRINGS TOCJ-5324, Los Angeles 1974

Conte Condoli (tp, flh), Frank Rosolino (tb), Med Flory, Joe Lopes (as), Warne Marsh, Jay Migliori (ts), Jack Nimitz (bs), Lou Levy (p), Buddy Clark (b), Jake Hanna (d), cordes (a,b,c,e,f): Bobby Bruce, Haim Shtrum, Wilbert Nuttycombe, John Santulis, Robert T. Jung, Bob Lido, Jesse Ehrlich, Jerome Reisler, Robert Sushel, Gerald Vinci, Ambrose Russo, Frank Green, Leonard Selic, Evelyn R. Schuck, Raymond J. Kelley, Marilyn Baker, Frederick Seykora, James Getzoff, Spiro Stamos. 

a APRIL IN PARIS 30/11/49

b ALL T'HE THINGS YOU ARE Pont et chorus thème 2,3/45 ; autres chorus 25/11/50

c MY OLD FLAME 4/11/47

d BLUE N' BOOGIE 31/3/51

c I DIDN'T KNOW WHAT TIME IT WAS 30/11/49

f IF I SHOULD LOOSE YOU 30/11/49

g ORNITHOLOGY Trois premiers chorus 11/12/48 ; chorus avant le thème final 28/3/46 D1012-4 ; thème d'ouverture 11/12/48 ; thème de cloture 28/3/46

h COOL BLUES Huit chorus 9/5/53

i KIM 30/12/52 C1120-4

j SIGN OFF (COUNTRY GARDENS)

 

 

 

 

 

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